Pardonnez ce bien médiocre cliché, pris rapidement et non retouché, image d'une carte postale que l'on m'a offerte il y a quelques mois, qui trône depuis sur mon frigo et qui me réjouit chaque fois que je la vois :

La vie sans gâteaux

Alors voilà... Ceux qui me connaissent savent que j'essaie de m'alimenter relativement sainement (ce que ce blog ne reflète absolument pas). Je vous passe les détails, mais en gros, je mange en majorité des légumes, quasiment pas de viande (sauf quand j'en ai vraiment envie parfois et c'est un délice), je suis une adepte de la cuisson vapeur dans les paniers en bambous, je n'achète jamais de plat préparé et je ne reste pas dans la cuisine quand l'Hommananette décide de cuisiner parce qu'il utilise une quantité d'huile, voire de beurre, que je ne révèlerais pas (mais après c'est trop bon).

Mais cela ne m'empêche pas d'adorer les gâteaux, donc d'en faire un le dimanche, et de m'extasier de bonheur à la dégustation.(mais aussi le fromage, le boeuf bourguignon, la blanquette...)

Comme j'aime beaucoup cuisiner, je suis en permanence sur les blogs culinaires en train de chercher des idées bonnes pour la santé pour tous les jours ou pour les occasions. Et je n'entends parler que de :

  • régime sans gluten
  • sans lactose, ou pour le moins sans lait de vache
  • végétarien (celui que je conçois le mieux pour des raisons éthiques) ou végétalien 
  • régime paléo (de paléolithique : en gros, nourrissez-vous comme Lucie !)
  • régime crudivore
  • et je suis certaine qu'il y en a plein d'autres

Ce qu'il y a de bien avec tous ces trucs nouveau dans ce que l'on mange, c'est que l'on (re)découvre plein de recettes nouvelles, des ingrédients aux goûts et qualités nutritionnelles super chouettes, bref, on démultiplie les idées pour faire la cuisine.

Mais, parce qu'il y a un mais...

Hier, il faisait soleil... un miracle intercidéral ces temps-ci (d'ailleurs, aujourd'hui, il pleut). J'avais un peu de temps, donc je décide d'aller marcher en ville à la recherche des chaussures d'été dont je n'ai pas besoin. Or, quand je marche, je réfléchis, et pas toujours à des trucs productifs. Je me suis mise à réfléchir que si je voulais vraiment être en bonne santé, quelle alimentation devrais-je choisir? Et si le mieux était de suivre tous ces régimes miracles à la fois ? Alors, j'ai fait le calcul. Si je pars sur une alimentation normale, d'une personne lambda, qui n'a pas d'allergie (ben oui, si vous êtes allergique au gluten, bien sûr que vous n'allez pas en manger):

  • En étant végétarien : pas di viande ni de poisson (bon pourquoi pas)
  • En étant végétalien : fini les oeufs, le fromage, les yaourts etc...
  • Sans gluten (on se demande comment la population italienne n'est pas décimée depuis des décennies): plus de dérivés du blé: adieu pasta, pain, un petit croissant de temps en temps (pas tous les matins!)
  • Sans lait de vache ni lactose: fini les produits laitiers, mais ça, c'était déjà fait avec le régime végétalien!
  • régime cru: fini la ratatouille qui sent si bon l'Italie (perso, je serais bien embêtée, je digère très mal les crudités - et oui, je suis fixée sur l'Italie)
  • régime Paléo : fini les céréales en tout genre (plus seulement le blé), les légumineuses, les produits laitiers (mais ils étaient déjà doublement condamnés), les pommes de terre (qui ont sauvé de la famine pas mal de monde fut un temps)

Reste = fruits et légumes crus + oléagineux... j'ai peur que cela crée quelque carence !

Pour peu que vous soyez allergiques aux fruits à coque, ne restent que les fruits et légumes crus.

Est-il besoin de rappeler que l'homme est omnivore ??? Mais comment les gens ont-ils vécus jusqu'ici, je me le demande bien ma parole ?!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Il y a une différence entre ne manger que des plats préparés débordant de sucre, de sel et de graisse, et devenir un fasciste de l'alimentation saine : manger en conscience, en cuisinant, en privilégiant les fruits et légumes de saison, en évitant de faire cramer son beurre au fond de la casserole, en unsant des graisses animales avec parcimonie,en suivant son appétit et ses intolérances personnelles (mais pas celles des autres!). 

Concernant le régime paléo(lithique) par exemple: c'est censé être le régime de nos ancêtre chasseurs cueilleurs. 2 remarques :

  • Ils vivaient jusqu'à 15 ans 1/2... 
  • L'idée que tous les matins, monsieur sortait de la grotte pour aller noblement chasser et cueillir de quoi faire vivre sa famille... est un mythe! Il se trouve qu'il y a quelques années, lorsque j'étais étudiante, j'ai travaillé sur la transmission des mythes relatifs à la préhistoire depuis le XIXe siècle. Cette image de la vie préhistorique est une construction du XIXe siècle, qui adhère complètement au modèle familial moderne. En réalité, on ne peut pas se prononcer de façon si arrêtée sur les modes de vies des hommes préhistoriques. Bien sûr, ils chassaient et ceuillaient afin de se nourrir, mais pas forcément selon nos représentations modernes. Je ne suis pas spécialiste de la question, mais je connais bien certaines questions proches. Et certaines des vérités générales les plus largement admises sont des constructions intellectuelles qui perdurent mais dont il conviendrait de remettre en cause les fondements. Pour en revenir à l'homme préhistorique chasseur-cueilleur, se dire qu'il s'agit là du mode de vie le plus naturel de l'homme est un mythe ! Il n'y a pas une essence naturelle de l'être humain, un mode de vie originel et véritable. Si on se laissait aller à nos besoins naturels et seulement à eux, on passerait notre vie à s'entretuer, on ne se laverait certainement pas beaucoup et j'en passe. Il faut arrêter de croire que les élaborations humaines sont fondamentalement mauvaises - tout n'est pas noir ou blanc dans la vie, il y a aussi beaucoup de gris! : vous vous rendez-compte de ce qui se passerait si on vivait dans un Etat où chacun obéirait à ses pulsions agressives de vengeances sans l'institution de la Justice par exemple ? Si on n'avait pas un système judiciaire qui permet de traiter le droit en dehors de l'affect ? Chacun ferait sa loi, et on vit une époque où l'on voit beaucoup trop où cela mène ! Bref, je me suis un peu emportée, j'ai dévié du sujet, mais ce sont des choses qui me trottent dans la tête depuis longtemps (tant pis si personne ne me lit, au moins, je l'aurais dit !)

 

Concernant le fait de tout manger cru afin de garder le maximum de nutriments, juste une petite citation tirée du dernier ouvrage tiré de l'émission de Jean-Claude Ameisen sur France Inter Sur les épaules de Darwin, à laquelle je n'ajouterai pas de commentaire :

  • "L'usage du feu a eu de profonds effets sur le mode de vie et l'évolution physiologiqu des hominines, puis de toutes les lignées humaines auxquelles ils ont donné naissaice et dont nous sommes, aujourd'hui, les seuls survivants. La cuisson, en rendant les aliments plus faciles à mastiquer et à digérer, a entraîné une diminution du volume du tube digestif. Elle a réduit la déperdition d'énergie consacrée à la mastication et à la digestion, tout en augmentant la quantité de calories qu'il est possible d'ingérer, favorisant ainsi l'augmentation de volume du cerveau, en lui donnant accès à une proportion plus importante de l'énergie qui lui est fournie par l'alimentation." (Jean-Claude Ameisen, Sur les épaules de Darwin. Retrouver l'aube, Paris, Les liens qui libèrent, France Inter, 2014, p. 29)

 

Bref, tout cela pour dire que l'on est dans une société dans laquelle les éléments de morale se sont déplacés. Et selon moi, tous ces régimes participent de la construction d'une nouvelle morale moderne. Autrefois, il ne fallait pas avoir des enfants hors mariage ! aujourd'hui, pour peu que vos parents aient fait mai 68, ils vous renient si vous vous mariez à l'église ! (j'exagère un peu là certainement;) Dans les années 1980, on allaitait plus ses enfants et une femme qui allaitait pouvait être vue comme réactionnaire ? Aujourd'hui si par malheur une femme décide de ne pas allaiter, elle est à la limite de la maltraitance envers sa progéniture ! (attention, je ne prends pas parti, chacune fait selon son DESIR). 

Un jour, quelqu'un qui, pour des raisons vitales pour lui, ne consommait ni gluten ni lactose, m'a dit que je devrais en faire autant et en plus le remercier de m'avoir mise en garde ! Et bien non merci ! je tolère très bien ces substances et la forme physique que je gagnerais si je les retirais de mon alimentation ne rattraperait en aucun cas le bonheur sans nom que j'éprouve devant un plat de (vraies) pâtes avec des légumes cuits parfumés, qui me font penser que je suis en Italie (oui, le Gröenland ne me fait pas le même effet).

J'ai même entendu sur une radio (France Culture pour ne pas la citer), un chroniqueur rapportant une étude sociologique des plus sérieuse, qui aurait montré que les peuples qui cultivent du blé seraient formés d'individus plus individualistes et plus égoistes que les peuples qui cultivent du riz, lesquels montreraient davantage de vertu de solidarité !!!!! De là à en déduire que le gluten produit des êtres mauvais, il n'y a qu'un pas...

Les exemples de conseils pour la santé qui se sont avérés être des erreurs sont innombrables au cours de l'histoire. On n'en est pas sorti, et on n'en sera jamais sorti, à chaque époque ses croyances, ses mythes ! Sous prétexte d'études scientifiques prouvées, on entre dans une moralisation de la science. Je ne dis pas que tout est nécessairement à proscrire dans les idées alimentaires modernes, mais une prise de distance me semble indispensable. Toutes ces alimentations alternatives ont pour effet secondaire de culpabiliser les personnes qui n'arrivent pas à suivre l'un de ces soit disants droits chemins, d'encourager l'anorexie - et je sais de quoi je parle -, de nier la diversité alimentaire. Voilà, c'est dit !

La vie, c'est aussi le plaisir. Quand on veut tout contrôler pour avoir une vie parfaite : manger parfaitement, faire du sport parfaitement, être en éveil intellectuel permanent, avoir un comportement vertueux permanent, être gentil avec tout le monde tout le temps... on risque de finir par perdre le goût de vivre, et donc de se laisser mourrir. 

Donc, oui, la vie sans gâteaux, c'est possible, mais sans intérêt !